On trouvera ci-dessous une biographie d’Alain puis une chronologie générale. On pourra également écouter le podcast de Thierry Leterre, « Une très brève biographie d’Alain »
Éléments de la biographie d’Alain
Par Thierry Leterre
Alain, c’est un nom de philosophe. Derrière ce nom, il y eut un homme, Émile Chartier, pour l’état civil, né en Normandie dans le Perche en 1868, et mort au Vésinet en 1951.
Émile Chartier s’est choisi le pseudonyme Alain au début du XXe siècle par modestie d’auteur « pour me cacher » écrit-il en 1936 dans son autobiographie intellectuelle Histoire de mes pensées. Il poursuit : « je vins peu à peu à couvrir de ce pavillon toute la philosophie dont j’étais capable ». C’est donc sous « pavillon », derrière un nom de plume, qu’il a publié l’essentiel de sa philosophie et qu’il est passé à la postérité.
Cependant Alain — ou plutôt en l’occurrence, Émile Chartier — c’est aussi un professeur de philosophie particulièrement prestigieux qui eut pour élèves des personnalités destinées à être écrivains, comme André Maurois ou Julien Gracq dans « ils ont dit d’Alain], poètes comme Roger Judrin, philosophe comme Simone Weil ou Georges Canguilhem, voire ministre comme Maurice Schumann.
Son influence déborde de loin le cercle de ses élèves. On le trouve cité par Sartre dans plusieurs de ses ouvrages, et Aron, qui finit par rejeter sa philosophie politique, le fréquente avec admiration durant ses années d’études. Dans l’entre-deux guerres, Alain est en contact avec le Tout Paris intellectuel, avec Valéry par exemple, dont il admire la poésie, avec Jean Giono, dont il partage une part des combats pacifistes.
Assez rapidement, la voix d’Alain avait fait entendre son originalité. Gaston Gallimard, probablement l’éditeur le plus célèbre de l’histoire littéraire, écrivait qu’il était un « grand païen, cynique, ascète et gourmand ». Et Jean Jaurès, le grand politicien socialiste, s’exclamait : « quel penseur que ce sauvage ! » Tous deux évoquent à leur façon ce qu’il y a d’unique chez Alain : c’est une pensée libre, hors cadre et provocatrice. Aujourd’hui encore, la maison d’édition fondée par Gallimard il y a plus de 100 ans continue à publier les œuvres d’Alain, dont nous trouvons une ample sélection en quatre volumes dans la prestigieuse collection de la Pléiade.
La pensée d’Alain a donc connu une large réception. Pourtant, en dépit de sa vaste œuvre et de son influence réelle, Alain demeure parfois un grand inconnu. L’apparence de simplicité de nombreux textes, notamment ce qu’il a appelé ses propos et qui étaient initialement des chroniques journalistiques, risque de faire négliger la complexité et la cohérence d’une réflexion audacieuse sur bien des points.
Jeunesse
Comme toute pensée, celle d’Alain est portée par une existence. La sienne fait ses débuts dans une petite ville de Normandie, à Mortagne, qui est aujourd’hui appelée Mortagne-au-Perche et qui, à l’époque de la naissance d’Alain se porte sur la carte de France comme « Mortagne-sur-Husine ». Nous sommes en 1868. Alain s’appelle alors Émile Chartier.
Mortagne demeure aujourd’hui encore une des très belles villes du Perche, où l’atmosphère des vieilles rues du Moyen Âge enchante le promeneur. Au centre, la maison natale d’Alain existe toujours. Elle héberge désormais l’ensemble scolaire privé Bignan. Alain est le second enfant d’un couple qui compte déjà une fille, Louise, de 6 ans son aînée.
Dans ses souvenirs, Alain dépeint son père, un vétérinaire porté sur la boisson, comme une sorte de Diogène. Il parle d’une mère peu soucieuse de son foyer et qui aime la danse. Alain souffre visiblement de la désunion du couple. Il souffre aussi de la relative pauvreté de la maisonnée, quand il doit aller faire les courses à crédit chez l’épicier.
Alain grandit dans une Normandie encore très catholique, même si la maison des Chartier n’est pas très religieuse. Alain compte parmi ses cousins un chanoine et reçoit sa première instruction des moines du collège local.

Lui-même s’éloigne de toute religion lors de son adolescence comme il l’explique dans Histoire de mes pensées.
« Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’avais dit mes prières, appris le catéchisme, confessé mes péchés, communié en toute bonne foi. Je le sais, car j’avais bien peur du diable et de l’enfer. Mais il faut dire aussi que j’étais consciencieux à répondre la messe et à dire le chapelet, au point d’avoir eu là-dessus une réputation non contestée, non moindre que celle de mon camarade Gasselin, pur Percheron, et qui l’est resté. A nous deux, nous formions l’équipe première à qui l’on confiait les dizaines de chapelets à dire pour quelque moribond de la ville. (…) Ici, nulle supercherie jamais, au contraire, la pure vertu de deux novices. Or, deux ou trois ans plus tard, je ne trouvais plus en moi la moindre trace de cette religion si sincère, sans que je puisse dire comment ce changement s’est fait. Peut-être la peur a-t-elle cessé de régner quand les muscles ont pris force. (…) je n’oserais pas dire que la religion n’est que peur. Toujours est-il que la religion s’en alla de moi en même temps que la peur. »
La rencontre avec Lagneau, le maître en philosophie
La scolarité chez les frères à Mortagne ne donne que des bases. Le niveau est médiocre, et même au-dessous du médiocre, mais le jeune Alain reçoit en classe de quatrième une bourse pour étudier au lycée public d’Alençon.
Il y prépare les deux baccalauréats de philosophie et de sciences. On le voit déjà polytechnicien, mais il échoue au baccalauréat des sciences. Histoire de mes pensées retrace l’effet inattendu de cet échec :
« On demanda et on obtint pour moi un transfert de bourse au lycée de Vanves depuis lycée Michelet. Je devais réparer en octobre mon échec de juillet et suivre les mathématiques spéciales. J’allais entrer sans enthousiasme dans ce chemin quand un vieil ami de mon père, et qui me regardait faire depuis longtemps, me dit tout soudain : ‘ne prépare donc pas Polytechnique, avec bien moins de travail, tu entreras à Normale Lettres.’ Cela me plut. Les gens de Vanves ne discutèrent pas, et c’est ainsi que je fus jeté dans une carrière à laquelle je n’avais jamais pensé. »
Au lycée Michelet. Alain fait une rencontre essentielle, celle de son professeur de philosophie, Jules Lagneau.
« Je connus un penseur », écrit-il ; « je l’admirai, je résolus de l’imiter. Dès ce temps-là et depuis, j’ai plaidé pour mon maître. »
« J’ai plaidé pour mon maître » : Étudiant, Alain pense que Lagneau devait être nommé à l’École normale supérieure. Bergson est préféré. Alain en tire une rancune tenace pour le philosophe de l’élan vital. Elle s’élargit avec les années, lorsque sa propre philosophie du jugement l’oppose au spiritualisme de l’intuition, sa politique au conservatisme bergsonien, son engagement pour la paix au soutien à la Première Guerre mondiale, son laïcisme à la fascination bergsonienne pour le catholicisme.
Plus tard, Alain publie les fragments de Jules Lagneau et consacre à ce dernier l’un de ses livres, Souvenirs concernant Jules Lagneau, paru en 1925.
Les études d’Alain sont couronnées de succès et témoignent d’un parcours exemplaire de la Troisième République. Alain est reçu à l’École normale supérieure, pépinière des élites de la République. Il y étudie avec Léon Blum, futur dirigeant du pays, qui quitte bientôt l’École, avec Elie Halévy, rapidement son ami intime et qui devient le plus grand politiste de son époque, et avec Léon Brunschvicg, qui règne sur la philosophie française universitaire dans l’entre deux guerres.
Reçu agrégé de philosophie, Alain prend une décision lourde de conséquences pour l’avenir. Dispensé de service militaire parce qu’il rejoint l’université — c’est ainsi qu’à l’époque on nomme l’enseignement, du secondaire au supérieur — Alain fait la promesse de s’engager en cas de guerre.
Cette promesse il la tient près d’un quart de siècle plus tard, en 1914, à l’âge de 46 ans.
Professeur, militant, écrivain et philosophe
À sa sortie de l’École normale supérieure, Alain devient professeur de lycée. La première partie de sa carrière professorale l’emmène en Bretagne, à Pontivy, puis à Lorient. Il se passionne pour la politique dans le sillage de l’affaire Dreyfus.
Histoire de mes pensées à nouveau :
« Je ne fus dreyfusard que malgré moi et par l’abondance de naïves sottises qu’on lisait dans les journaux du parti militaire. Autrement, j’apprenais avec calme qu’un officier d’état-major s’était pincé le doigt dans son propre tiroir. Car j’avais travaillé en passant sur l’histoire militaire, je n’avais pas grande opinion de ces hommes violents et prudents.
Toutefois, quand il fut évident que les grands chefs s’honoraient presque d’une erreur et en tiraient occasion de nous rappeler qu’ils nous gouvernaient, je me jetai dans la révolte et je rattrapai mes amis dreyfusards, et discourant sur des bancs de square avec l’appui des ouvriers de l’arsenal et des marins, nous fûmes maîtres de la ville et même nous préparâmes d’assez près une commune autonome pour le cas non invraisemblable d’un coup d’état militaire. Je fus donc livré aux bêtes, je veux dire aux passions. »
Ces passions amènent le jeune professeur philosophe à participer au mouvement des universités populaires et à écrire pour la presse radicale de Lorient.
En 1900, Alain est nommé à Rouen. Il s’engage dans la politique électorale en faisant campagne pour le député Ricard en 1902. La défaite de ce dernier éloigne définitivement Alain de toute participation active à la politique. Néanmoins, Alain continue d’écrire pour la presse rouennaise, à laquelle il donne des chroniques hebdomadaires.
« Cet article hebdomadaire empoisonnait toute ma semaine », écrit Alain dans Histoire de mes pensées. « Je cherchais deux ou trois idées, je rédigeais en une forme convenable. Tout était plat. Qu’y faire ? C’était encore mieux que rien.
C’est en 1906 qu’Alain trouve une formule qui lui permet de fixer son style quand il opte pour un format court et quotidien. Chaque jour, il envoie à La Dépêche de Rouen et de Normandie une courte chronique, se donnant pour limite deux pages de papier à lettre. Il nomme ces courts textes « Propos d’un Normand ». Les « Propos » deviennent ainsi le genre le plus connu d’Alain, au point de parfois éclipser ses grands ouvrages, publiés à partir de 1916. Dans ses Propos, Alain touche à tout sujet et se donne pour but de « relever l’entrefilet au niveau de la métaphysique » comme il l’écrit avec humour.
Ces courts textes quotidiens ne s’interrompent qu’en août 1914. Ils constituent une œuvre gigantesque : philosophie, bien sûr, mais aussi morale, éducation, physique, pédagogie, et même… astronomie se trouvent abordés, sans qu’Alain se départisse jamais de sa règle de concision.
Le sujet privilégié, toutefois, c’est la politique, la démocratie, la République qui continue de se bâtir, la République qu’il faut bâtir. On peut lire les Propos comme un commentaire extraordinaire de l’actualité de la Belle Époque finissante. On doit surtout les lire comme une œuvre philosophique et politique fragmentaire. S’adressant au public dans un style volontairement approchable, souvent plein d’humour, le philosophe veut atteindre par la presse tous ses contemporains.
Alain continue d’écrire pour La Dépêche de Rouen lorsqu’il se trouve nommé à Paris. Après plusieurs postes, y compris à son ancien lycée Michelet, il finit par se fixer au lycée Henri IV. Il y tient la chaire de philosophie de la prestigieuse « Cagne » (ou Khâgne), comme on dit, c’est-à-dire la classe préparatoire à l’École normale supérieure.
Contre et dans la guerre
À mesure que la tempête de la Grande Guerre approche, un thème se met à dominer les Propos d’Alain : la possibilité de la guerre. Alain emploie tout son talent pour éviter que la tragédie ne survienne. Il mène un long combat contre la loi qui porte à trois ans le service militaire. Il pense, avec raison, que c’est encourager les dynamiques militaristes en fournissant à l’état-major des troupes nombreuses qui les rassureraient dans leur marche vers la guerre. Il veut certes une armée forte, efficace, mais il la veut capable non d’agresser, mais de défendre le territoire national. Il doute que le long encasernement de la jeunesse pendant trois ans serve ce but.
Ce combat sincère, citoyen, d’Alain, se révèle vain. En août 1914, la folie emporte l’Europe et avec elle les espoirs de paix qu’Alain n’a cessé de défendre contre la droite nationaliste, contre les militaires, contre les revanchards de toutes sortes.
Alain, dispensé de service militaire à cause de son engagement dans l’enseignement, s’était promis de se porter volontaire si la guerre éclatait. Il tient cette promesse dans l’ambiance fiévreuse de l’été 1914 que restitue Histoire de mes pensées.
« [Je ne veux] considérer que le drame d’idées que la guerre fut pour fout le monde. En moi il fut violent et même insupportable. (…) Du moment où les chants de mort firent résonner les maisons, j’aperçus le sang, je connus ensemble la peur et le courage, et ces premiers jours sont ceux où je perdis mon propre empire. Je n’étais plus qu’horreur. (…) Il n’y avait pas à hésiter, tout dépendait de la force restante. C’est ainsi qu’à mes 46 ans, et que sur le vu du médecin major, je me trouvais canonnier dans la lourde, lourde (95 millimètres) qui devint légère, et me promenai de Woëvre en Champagne et de Woëvre à Verdun, menant cette dure vie avec le risque quotidien devant la vue ».
« Un drame d’idées… » Il ne faut pas faire de contresens : ce n’est pas en intellectuel qu’Alain réagit. C’est un citoyen d’une démocratie d’égaux. Toutefois, en démocratie, nul n’est exempté du devoir de penser, nul n’est exempté du devoir de guerre non plus, selon, comme dit Alain, la force restante. Autrement, il faut se taire. Voilà. Alain a fait la guerre, quoique pacifiste, quoique dispensé, parce qu’il veut avoir le droit de parler. Il est envoyé au front pendant deux ans, sans permission pendant 15 mois.
Cette guerre, il la fait comme simple soldat, refusant tout grade. Il décline les propositions de devenir officier, et même sous-officier. Ses aptitudes en font un simple brigadier, c’est à dire un caporal, ce qui n’est pas dans l’armée française un rang de sous-officier.
Même si Alain n’a pas été versé dans l’infanterie, et risque moins de se retrouver sacrifié comme tant de ses jeunes élèves que la guerre emporte par dizaines, sa guerre n’en est pas moins dangereuse. Il risque à tout moment sa vie et plusieurs fois se trouve soufflé par des obus qui, par chance, éclatent leurs fragments dans la direction opposée. On meurt moins dans l’artillerie, cela ne veut pas dire qu’on ne meurt pas souvent. En mai 1916, il est transféré à Verdun. C’est la route vers la terreur, mais son pied se prend dans la roue du chariot de transport.
Blessé, Alain reste de longs mois à l’hôpital. Pour autant, sa guerre n’est pas finie. Il revient au front, mais, boiteux, il comprend qu’il ne sert pas à grand-chose et se trouve transféré comme caporal dans la météorologie de l’armée de l’air, en première ligne théoriquement, mais loin du front. Il finit par obtenir sa libération en octobre 1917. Il ne s’est pas engagé pour la vie de caserne ; il ne s’est pas engagé pour la météo ; Il s’est porté volontaire pour la guerre, et la guerre, il ne peut plus la faire.
Le philosophe engagé
La guerre a été la plus grande tragédie de la vie d’Alain, et elle a tout changé pour lui. On perçoit chez lui la culpabilité des survivants. Elle se manifeste par le sentiment d’une dette à l’égard de tous les jeunes morts de la guerre. Il la paie en écrivant enfin l’œuvre philosophique qu’il avait repoussée jusqu’alors. De la guerre naissent ainsi trois grands livres : 81 chapitres sur l’esprit et les passions, Système des beaux-arts, Mars ou la guerre jugée. Ces deux derniers ouvrages sont largement remaniés après-guerre, mais l’inspiration vient bien de la boue des tranchées, des conversations entre combattants et d’une expérience intolérable. On note aussi l’édition en braille d’un résumé sur les philosophes, destinée aux aveugles de guerre.
Ce ne sont pas les premiers livres d’Alain, il est vrai. Les propos avaient été recueillis dans des sélections dès l’avant-guerre et l’un de ses discours professoraux, appelé Les marchands de sommeil, avait été aussi imprimé. Alain avait également, au début du siècle, écrit sur Spinoza. Les livres qui naissent à la guerre sont d’une nature différente. Ils sont écrits pour être publiés en volumes et Alain y parle en son nom propre et non pas à travers d’autres philosophes.
Cela ne signifie pas pour autant que l’aventure des Propos soit terminée. Elle reprend en 1921 quand ses amis Jeanne et Michel Alexandre créent pour Alain une revue qui s’intitule justement Les libres propos, journal d’Alain. Alain cherche d’abord à revenir à son rythme quotidien d’avant-guerre. Puis, progressivement, le rythme ralentit. L’idée initiale des Alexandre était de donner une audience à la pensée d’Alain. Ce dernier les surprend en exigeant des collaborations : il veut faire des Libres Propos une revue de jeunes philosophes. C’est ainsi qu’on lit dans les colonnes de la revue les premiers essais de Canguilhem, de Weil, d’Aron et d’autres encore à peine moins célèbres.
La vie d’Alain, quant à elle, se stabilise dans ces années. Il partage son temps entre son appartement parisien et sa petite maison du Vésinet, et son cœur entre deux femmes. La première, Marie-Monique More-Lambelin, est une rencontre de Rouen au début du siècle. La seconde est Gabrielle Landormy, la nièce et la fille adoptive d’un de ses meilleurs amis de l’École normale supérieure, le musicologue Paul Landormy. À Marie-Monique, Alain voue une amitié tendre, entre sentiment amoureux et affectivité presque enfantine — il l’appelle « ma meh » (maman) ou « mon jumeau ». Gabrielle, de son côté, suscite chez le philosophe une passion amoureuse qui s’exprime très librement dans leur correspondance et dans les nombreux poèmes passionnés qu’il lui dédie.
Gabrielle finit par ne plus supporter l’ambiguïté de la situation et part aux États-Unis. Alain est désespéré mais refuse de se séparer de Marie-Monique, qui se dévoue à l’œuvre d’Alain. Cette dernière continue de s’épanouir entre livres, propos et combats politiques, notamment contre le fascisme, le renouveau des menaces de guerre après l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne. En 1933, Alain prend sa retraite et se réfugie au Vésinet avec Marie-Monique. Malheureusement, la maladie abat très vite cet homme si solide dont le cœur est brisé par le désespoir de voir la guerre poindre à nouveau à l’horizon.
Dernières années
Sans être un pacifiste absolu, Alain ne cesse de plaider pour la paix. C’est la raison pour laquelle, par exemple, il se montre favorable aux accords de Munich. La guerre venue et perdue par la France, Alain est de plus en plus malade et il songe même au suicide en 1941, au moment où Marie-Monique meurt. Dans ces années de douleur, l’écriture est un refuge, même si après une attaque cérébrale en 1937 ses moyens sont limités et qu’il ne publie plus d’ouvrages originaux.
C’est donc à l’écriture d’un journal qu’il se consacre pour l’essentiel à partir de 1937. Comme dans tout journal intime, on y trouve des remarques écrites sans beaucoup de distance, et qui peuvent (et pour certaines doivent) choquer. On ne peut manquer d’éprouver un profond désaccord avec certaines opinions couchées dans son journal intime de l’époque, sur l’acceptation de la défaite, sur le sort des Juifs (il désapprouve tout de suite les lois d’exclusion de Vichy, mais ne se rend pas compte de l’ampleur de la persécution qui les frappe et laisse parfois échapper des remarques acides à leur égard). Ce sont des pensées souvent fugaces, parfois acrimonieuses, injustes par épisodes, et marquées par la descente aux enfers d’un esprit qui brille encore par moments, mais aussi s’éclipse bien souvent. On a beaucoup commenté l’attitude d’Alain pendant la guerre, mais la réalité est qu’il n’y a pas vraiment d’attitude. Alain vit retiré et dans une santé, y compris une santé mentale, précaire.
Alain marche-t-il vers sa fin ? Un événement va secouer l’homme de sa torpeur et le sauver d’un déclin annoncé : le retour de Gabrielle. Elle s’est à son tour engagée dans les services auxiliaires des forces alliées et a notamment servi durant la campagne d’Italie. Libérée, elle ne retourne pas aux États-Unis d’Amérique mais revient en France. Les deux amants se retrouvent. Il a 77 ans, elle en a 20 de moins. Ils se marient. Grâce à cette union, les six ans qu’il reste à vivre à Alain sont marqués de bonheur.
L’évocation de la vie d’Alain mérite de se terminer par ce mot de bonheur. L’une des citations les plus célèbres d’Alain, nous rappelle en effet qu’être heureux est le devoir philosophique par excellence parce que c’est l’essence même de la vie. En effet, Alain écrit « comme la fraise a le goût de fraise, la vie a un goût de bonheur ».
Pour en savoir plus :
Outre Histoire de mes pensées, cité dans ce bref résumé, Alain a écrit deux autres ouvrages à tonalité biographique, Souvenirs de guerre et Souvenirs concernant Jules Lagneau. Un inédit autobiographique Portraits de famille, a été publié par l’Association des amis du Musée Alain et de Mortagne.
Il existe par ailleurs deux biographies du philosophe. Alain, un sage dans la cité, a été publié par André Sernin chez Robert Laffont en 1985 et Alain, le premier intellectuel, aux éditions Stock, 2006 par Thierry Leterre.
Chronologie générale
1868 – 1951
1868
3 mars | « A trois heures du soir » naît en Mortagne-au-Perche Emile Auguste CHARTIER, fils d’Étienne Chartier (1835-1893) médecin-vétérinaire, et de Juliette Clémence Chaline (1844-1910), frère cadet de Louise Chartier (1861-1943). |
1870
19 juillet | Déclaration de guerre de la France à la Prusse |
2 septembre | Désastre de Sedan, où Napoléon III est fait prisonnier. |
4 septembre | Révolution à Paris : déchéance de l’Empire et proclamation de la République. |
1871
8 février | Après la capitulation de Paris et l’armistice, élection d’une Assemblée Nationale, marquée par la victoire des partisans de la paix et des monarchistes. |
18 mars-28 mai | La Commune de Paris : mouvement révolutionnaire (« la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous »), mais anéantie par une répression violente (« le mur des Fédérés » au cimetière du Père-Lachaise). |
10 mai | Traité de Francfort : La France perd l’Alsace-Lorraine. |
1873
Mai | Élection par l’Assemblée Nationale d’un militaire royaliste, le maréchal de Mac-Mahon, à la présidence de la République. |
Octobre | Échec de la restauration monarchique : le comte de Chambord, petit-fils de Charles X, refuse de renoncer au « drapeau blanc d’Henri IV », et d’adopter le drapeau tricolore qui est le symbole des principes de 1789. |
1874 | Emile entre à six ans au Collège Sainte-Marie de Mortagne. |
1875 | Lois constitutionnelles fondatrices de la IIIe République (1875-1940). |
1877 | Crise du 16 mai : après avis favorable du Sénat, également monarchiste, Mac-Mahon dissout la Chambre des députés républicaine. Mais aux nouvelles élections législatives, les républicains gardent la majorité. |
1879 | Majorité républicaine au Sénat, puis démission de Mac-Mahon : les pouvoirs de la République sont entre les mains des républicains. |
1881
Octobre | Emile est admis comme boursier interne au lycée d’Alençon (aujourd’hui lycée Alain) en classe de Quatrième. |
1881 | Liberté de réunion. Liberté de la presse. |
1881-1882 | Lois scolaires : Jules Ferry institue l’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque. |
1884 | Liberté syndicale. |
1886
Octobre | Bachelier ès lettres, Emile Chartier entre au lycée Michelet, à Vanves, pour préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Il y suit pendant trois ans le cours de philosophie de Jules Lagneau. |
1886-1889 | Crise boulangiste : sur fond de crise économique et de chômage, flambée d’agitation antiparlementaire et nationaliste, violente mais brève, en faveur du général Boulanger, le « général Revanche », qui eût voulu instaurer en France une République autoritaire de type consulaire et bonapartiste. |
1889
Juillet 1889 | Emile Chartier est admis à l’École normale supérieure, à son troisième concours, 23e sur 24. Il y retrouve Paul Landormy, connu dans la classe de Lagneau, y rencontre Léon Brunschvicg et se lie d’amitié avec Elie Halévy. Il est précepteur du fils de M. et Mme Lanjalley, auxquels il restera toujours attaché en confident intime, hôte familier. |
1889 | Fondation à Paris de la IIe Internationale : la renaissance du mouvement ouvrier, socialiste et révolutionnaire est accélérée par la crise économique qui frappe le prolétariat urbain. |
1890-1892 | « Ralliement » à la République préconisé par le pape Léon XIII. Mais le clergé et les fidèles suivent lentement. |
1891
1891 | Emile Chartier est admis au baccalauréat ès sciences. Il présente, sous la direction de Georges Lyon, un mémoire sur La Théorie de la connaissance des stoïciens. |
1891-1894 | Crise anarchiste : vague d’attentats terroristes. Après l’explosion d’une bombe au Palais-Bourbon (où siège la Chambre des députés), vote de lois répressives surnommées par la gauche « lois scélérates ». |
1892
Été | Emile Chartier est admis 3e au concours d’agrégation de philosophie. |
Octobre | Il est nommé dans le Morbihan au Collège de Pontivy, où il a trois élèves. Il traduit et commente la Métaphysique d’Aristote. Il coopère à la Revue de Métaphysique et de Morale (RMM) que fonde Xavier Léon. |
1893
Février | Première crise des rhumatismes qui l’immobiliseront à la fin de sa vie. |
Octobre | Emile Chartier est nommé au lycée de Lorient, port militaire, port de pêche et de commerce. |
3 octobre | Mort d’Étienne Chartier, son père. |
Novembre | La RMM publie un premier dialogue d’Emile Chartier signé Criton. |
1893 | Alliance défensive franco-russe, qui donne à l’opinion publique française, face à l’Allemagne alliée à l’Autriche-Hongrie et à l’Italie, un sentiment de sécurité. |
1894
1894 | Emile Chartier se porte « candidat libre » pour l’élection au Conseil Académique. |
Mars | 2e dialogue de Criton dans la RMM. |
22 avril | Mort de Jules Lagneau. |
1894 | Condamnation pour haute trahison d’un officier israélite, le capitaine Dreyfus, sur de simples présomptions. |
1895
Janvier | 3e dialogue de Criton. Emile Chartier est co-directeur de la revue l’Union Universitaire. Conférences à la Société Républicaine d’Instruction, poursuivies jusqu’en 1899. |
Juillet | Discours d’Emile Chartier à la distribution des prix du lycée de Lorient. |
1895 | Fondation de la Confédération générale du Travail (CGT) : « les éléments constituant (la CGT) devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques ». |
1896
11 avril | Article de Xavier Hostin dans La Croix du Morbihan et violentes attaques contre les conférences et l’enseignement laïque du professeur de philosophie du lycée de Lorient. |
Septembre | 4e dialogue de Criton in RMM. |
1896 | Programme de Saint-Mandé, où Millerand pose les bases d’un socialisme parlementaire et réformiste, et préconise la conquête du pouvoir par la voie électorale et la réforme progressive de l’État. |
1897
Mars | 5e dialogue de Criton in RMM. |
1898
14 janvier | « J’accuse » de Zola, qui attaque les juges militaires et les chefs de l’armée et les accuse d’avoir condamné Dreyfus sans preuve. L’affaire Dreyfus devient « l’Affaire ». L’opinion publique se divise entre dreyfusards, qui demandent la révision du procès au nom de la Vérité et de la Justice, et antidreyfusards qui s’y opposent au nom de la Patrie et de l’Honneur de l’armée. |
Mars | Emile Chartier présente des Fragments de Jules Lagneau d’après ses manuscrits in RMM. |
Juillet-septembre | Commentaires aux fragments de Jules Lagneau d’Emile Chartier in RMM. |
1899
Janvier-mars-sept. | Emile Chartier publie Matériaux pour une doctrine laïque de la sagesse in RMM. |
Octobre | Il fonde à Lorient avec des collègues du lycée l’Université Populaire, plus ouvrière et militante que la Société Républicaine d’Instruction. Il lit Marx et Proudhon. |
Novembre | Il publie Valeur morale de la joie d’après Spinoza in RMM. |
1899 | Ministère Waldeck-Rousseau de « défense républicaine » formé contre l’agitation nationaliste et antidreyfusarde. Second procès de Dreyfus : condamné à nouveau par le Conseil de guerre de Rennes, il est aussitôt gracié (et finalement réhabilité en 1906). |
1900
14 mai | Première des vingt-quatre chroniques signées ALAIN, qui paraîtront jusqu’au 15 novembre dans La Dépêche de Lorient, journal des Bleus de Bretagne. |
Juillet | Communication d’Emile Chartier au Congrès de Philosophie de Paris : L’éducation du moi. |
Octobre | Emile Chartier succède à Léon Brunschvicg au poste de philosophie du lycée Corneille de Rouen. Il rencontre Marie Monique Morre-Lambelin (1868-1941). |
Novembre | Le problème de la perception par Emile Chartier in RMM. |
1901
Janvier | Il publie Le culte de la Raison comme fondement de la République in RMM. Spinoza chez Delaplane. |
Mai | Sur les perceptions du toucher in RMM. |
1901 | Fondation du Parti républicain radical et radical-socialiste, qui vise à rassembler les classes moyennes républicaines et anticléricales. |
1902
Mars | Emile Chartier participe à la campagne électorale de Louis Ricard, ancien ministre, et polémique sous divers pseudonymes (Quart d’œil, Philibert) dans la Démocratie Rouennaise. |
Juillet | Il publie L’idée d’objet in RMM. Il fait le discours de distribution des prix au lycée Corneille. |
1902 | Élections législatives : victoire du Bloc des gauches. Ministère Combes (1902-1905), qui dissout la plupart des congrégations. |
1903
Janvier | Nommé au lycée Condorcet à Paris, Emile Chartier s’installe 90 rue de Provence. Conférence aux Universités Populaires de Montmartre et des Gobelins. |
Mai | Il publie le 6e dialogue de Criton in RMM. |
19 juillet | Paraît le premier Propos du dimanche d’Alain dans La Dépêche de Rouen et de Normandie (publication jusqu’au 16 avril 1905). |
19 août | Il commence quatorze Méditations sur la Mécanique. |
1904
Janvier | Il publie une étude sur le livre de L. Weber Vers le positivisme absolu par l’idéalisme in RMM. |
Juillet | Succès de son discours à la distribution des prix du lycée Condorcet (Les marchands de sommeil). Par Charles et Marie Salomon, il fait la connaissance de Mathilde Salomon, fondatrice du Collège Sévigné. Il intervient pour soutenir Bergson sur le parallélisme psycho-physiologique au Congrès de Philosophie de Genève. |
1904 | L' »Entente cordiale » franco-britannique. Rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. |
1905
24 avril | Propos du lundi d’Alain dans La Dépêche de Rouen et de Normandie (jusqu’au 5 février 1906). |
11 novembre | « Je viens de brûler ce onze novembre 1905 à peu près trois cents pages écrites depuis longtemps sous le nom d’Analytique Générale » (Cahiers de Lorient). |
1905 | Échec de la révolution russe. Fondation de la Ligue d’Action Française, nationaliste et royaliste. « Coup de tonnerre de Tanger » : l’empereur d’Allemagne, Guillaume II, déclare qu’il est prêt à s’opposer à l’établissement d’un protectorat français sur le Maroc. Regain de la tension franco-allemande. Fondation de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) résultant de la fusion des différents partis socialistes : la charte du parti unifié interdit toute participation à un gouvernement « bourgeois ». Séparation des Églises et de l’État : « La République ne reconnaît, ni ne salarie, ni ne subventionne … aucun culte ». |
1906
Février-Mars | Agitation cléricale à l’occasion de l’inventaire des biens d’Église entrepris en application de la loi de Séparation. |
16 février | Paraît dans La Dépêche de Rouen et de Normandie le premier Propos d’un normand d’Alain, journalisme quotidien. |
1er mai | Grèves et manifestations organisées par la CGT pour la journée de huit heures. |
6 et 20 mai | Élections législatives : nouvelle victoire de la gauche. |
Septembre | Vacances en Bretagne chez ses amis Landormy, à Trébéron. Sans doute naît déjà l’amour qui l’unira à Gabrielle (1888-1969), nièce de Paul Landormy. |
8-14 octobre | Congrès de la CGT : la charte d’Amiens déclare que la destruction du capitalisme et de l’État par la grève générale révolutionnaire doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, indépendamment de tous les partis politiques (anarcho-syndicalisme ou syndicalisme révolutionnaire). |
25 octobre | Ministère Clemenceau (1906-1909). |
1907
27 février | Alain voit et entend Quinton. |
Avril-Mai | Conflit entre le ministère et les fonctionnaires syndicalistes. |
Juin | Révolte des vignerons du Midi languedocien : la mévente du vin provoque des manifestations de masse, des émeutes, et la mutinerie du 17e de ligne. |
Août | Alain va à Dieppe. |
Septembre | Il séjourne à Genève. |
Novembre | Il donne un compte rendu élogieux de l’Essai sur les éléments principaux de la représentation d’Hamelin in RMM. |
1908
2 avril | Achevé d’imprimer des Cent-Un Propos d’Alain (1ère série) chez Lecerf à Rouen. |
Juin-juillet 1908 | Grèves et répression antiouvrière de Clemenceau : plusieurs morts et des centaines de blessés à Draveil et à Villeneuve-Saint-Georges. |
1909
24 juillet | Ministère Briand (1909-1910). |
Décembre | Cent-Un Propos d’Alain (2e série) imprimerie Wolf à Rouen, éditeur Cornely à Paris. |
Août | Alain achète la maison de Paissy, dans le voisinage de ses amis Lanjalley. |
Octobre | Nommé professeur de Rhétorique Supérieure au lycée Henri IV, il s’installe 145 rue de Rennes. |
1910
24 avril et 8 mai | Élections législatives : glissement à droite et morcellement des partis, qui vont favoriser l’instabilité ministérielle. |
Octobre | Grève générale des cheminots, brisée par Briand sans effusion de sang. |
26 octobre | Mort de Juliette Clémence Chartier, sa mère, à Choisy. |
Novembre | L’Armée nouvelle de Jaurès : pour une organisation démocratique, populaire et purement défensive de l’armée. |
1911
Février-mars | Il écrit sous le pseudonyme de Criton les Lettres sur la philosophie première (qui ne paraîtront qu’après sa mort). |
27 juin | Ministère Caillaux. |
1er juillet | Une canonnière allemande à Agadir : rebondissement de la crise marocaine. |
16 octobre | Cent-Un Propos d’Alain (3e série), Lecerf. |
4 novembre | Compromis franco-allemand : la France cède à l’Allemagne une partie du Congo pour avoir les mains libres au Maroc. |
Décembre | Alain esquisse un Traité de Morale. |
1912
14 janvier | Ministère Poincaré : après Caillaux, dont la chute est due à sa politique d’apaisement envers l’Allemagne, Poincaré, en revanche, incarne une politique de fermeté. |
Août-septembre | Alain lit la Logique et la Philosophie de la nature de Hegel. |
Octobre | Il lit la Politique Positive de Comte. |
Décembre | Démêlés avec La Dépêche de Rouen. |
1913
17 janvier | Élection de Poincaré à la présidence de la République. |
Mars | Alain prend parti contre « les trois ans » mais refuse d’intervenir en orateur dans une réunion publique : « il est clair que je ne veux point entrer dans l’action politique plus que par les Propos, et c’est bien assez ». |
Juillet | Il travaille sur Aristote et sur Hegel. |
Août | Loi portant de deux à trois ans la durée du service militaire. |
1914
26 avril et 10 mai | Élections législatives : victoire de la gauche, mais ambiguë ; seule la SFIO est unanimement hostile aux « trois ans ». |
13 juin | Ministère Viviani, qui maintient « les trois ans ». |
28 juin | Attentat de Sarajevo. |
15 juillet | Vote de l’impôt sur le revenu. |
28 juillet | Déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie. |
31 juillet | Ultimatum allemand à la Russie et à la France. Assassinat de Jaurès. |
31 juillet | Propos « Le massacre des meilleurs ». |
1er août | Mobilisation générale. |
3 août | Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France : « Union sacrée ». |
7 août | Engagement volontaire. |
27 août | Départ pour Joigny (Yonne) où Alain est affecté au 3e Régiment d’artillerie lourde, 63e bataillon, 11e pièce. |
1er septembre | Dernier Propos d’un normand. |
5-10 septembre | Victoire de la Marne. |
15 septembre | « Au-dessus de la mêlée » de Romain Rolland : cet article publié dans Le Journal de Genève suscite l’indignation de l’opinion française. |
18 octobre | Le cannonier Chartier est téléphoniste à Beaumont dans la Woëvre jusqu’en septembre 1915. |
15 novembre | Il est promu 1er canonnier. Parution des Cent-Un Propos d’Alain (4e série). |
1915
21 février | Il est promu brigadier. Parution des Vingt-et-un Propos, méditation pour les non-combattants. |
Septembre | Conférence de Zimmerwald, en Suisse, où se réunissent des socialistes de différents pays : leur manifeste contre la guerre ne rencontre qu’un faible écho dans l’opinion publique. |
Septembre-octobre | Offensive en Champagne ; échec sanglant. |
6 octobre | En position sur le front de Champagne au bois Guillaume, ferme de Tahure. |
26 octobre | Au camp de Chalons puis à Trondes. |
1916
1916 | Bataille et victoire de Verdun (un demi-million de morts français et allemands). |
9-16 janvier | Première permission à Paris. Alain décide d’écrire De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées (rédaction jusqu’au 16 avril). |
31 janvier | Il dirige le central téléphonique de la carrière de Flirey (front de Woëvre). |
8 avril | Il commence la rédaction des Quatre-vingt-un Chapitres sur l’Esprit et les Passions (poursuivie jusqu’au 1er août). |
22-23 mai | En mouvement vers Verdun, Alain, à la suite d’un accident à la bosse du Mont d’Anon, est hospitalisé à Tantonville jusqu’au 17 août. |
2-17 août | Il rédige à l’hôpital de Tantonville les Vingt-et-une scènes de comédie. |
18-25 août | Permission à Paris. |
27 août | Il rédige Le roi Pot. |
31 octobre | Explosion du tunnel de Tavannes. Alain rejoint sur le front de Verdun le bois des Clairs-Chênes sur la crête des Bois-Bourrus, où il demeurera jusqu’au 23 janvier 1917. |
4-12 décembre | Permission à Paris. Alain corrige les épreuves des Quatre-vingt-un-chapitres. |
1917
8 janvier | Commence le Système des Beaux-Arts (achevé une première fois le 23 octobre, repris en 1919). |
24 janvier | Rejoint à Dugny (Seine) le service météorologique. |
Mars | Révolution russe contre la misère due à la guerre et chute du tsarisme. |
Avril | Déclaration de guerre des États-Unis d’Amérique à l’Allemagne. |
Avril-mai | Offensive du chemin des Dames ; échec sanglant. |
Mai-Juin | Mutineries, vite apaisées. |
Août | Tentative de médiation du pape Benoît XV, mal accueillie en France. |
14 octobre | Démobilisé, Alain reprend ses cours au lycée Henri IV. Il achète une maison au Vésinet. Première publication des Quatre-vingt-un chapitres sur l’Esprit et les Passions à l’Emancipation. Rédige Abrégé pour les aveugles, édition en Braille. |
Novembre | « Révolution d’Octobre » en Russie : Lénine et les bolchevistes, partisans de la paix immédiate, s’emparent du pouvoir ; la Russie signe un armistice avec l’Allemagne en décembre. Ministère Clemenceau : celui-ci, partisan de la guerre jusqu’à la victoire (« Plus de campagnes pacifistes … Je fais la guerre ») bénéficie d’une grande popularité. |
1918
Janvier | Les « quatorze points » du président Wilson : pour une grande partie de l’opinion publique, c’est la charte d’une paix juste et durable. |
Mars | Rédige le Petit Traité d’Harmonie pour les aveugles, qui paraît en Braille. |
Mars-juin | Offensives allemandes ; rupture du front allié. |
Juillet-octobre | Arrivée massive des Américains ; offensives alliées ; rupture du front allemand. |
11 novembre | Armistice de Rethondes : l’Allemagne reconnaît sa défaite. |
1919
10 janvier | Le premier Propos qu’Alain envoie à L’Oeuvre, qui lui a proposé de publier un Propos chaque jour, est tronqué à la parution. Alain cesse aussitôt sa collaboration. |
Avril-juin | Il réécrit le premier livre du Système des Beaux-Arts. |
Mai-novembre | Il écrit 76 des chapitres de Mars ou la guerre jugée. |
28 juin | Traité de Versailles entre la France et ses alliés et l’Allemagne. L’Alsace-Lorraine redevient française, et l’Allemagne s’engage à payer une énorme dette de guerre (les Réparations). |
16 novembre | Élections législatives : victoire des droites (le « Bloc National »). |
1920
16 janvier | Débuts de la Société des Nations (SDN) établie à Genève. |
20 février | Achevé d’imprimer du Système des Beaux Arts, N.R.F. |
28 février | Parution à la N.R.F. du tome 1 des Propos d’Alain, choisis par Michel Arnaud (Marcel Drouin). |
Mai | Échec de la grève des cheminots. |
25 juin | Tome 2 des Propos d’Alain. |
Juillet | Achève Mars ou la guerre jugée. |
Août-septembre | Premières esquisses pour Les Idées et les Ages. |
23 septembre | Millerand président de la République. |
25-30 décembre | Congrès de Tours : scission du parti socialiste. Naissance du Parti Communiste Français (PCF) qui se sépare de la SFIO et adhère à la IIIe Internationale de Moscou. |
1921
16 janvier | Ministère Briand. |
27 mars | Alain écrit le premier des Propos qui paraissent à nouveau à partir du 9 avril, chaque samedi, par recueils de sept, dans la publication Libres Propos (Journal d’Alain), gérée par Michel Alexandre, à l’imprimerie coopérative « La Laborieuse » de Nîmes. |
8 juillet | Achevé d’imprimé de Mars ou la guerre jugée, N.R.F. |
1922
Janvier | Démission de Briand (le 12), jugé trop enclin à une politique de conciliation envers l’Allemagne. Il est remplacé par Poincaré (le 15), partisan d’une « politique d’exécution » stricte du traité de Versailles et des Réparations. |
Janvier-mars | Publication dans la Revue Musicale de La Visite au Musicien. |
1er avril | Les Libres Propos, cessant de s’intituler Journal d’Alain, paraissent tous les quinze jours jusqu’au 5 avril 1924. |
1923
Propos sur l’Esthétique, chez Stock. | |
11 janvier | Occupation de la Ruhr par les troupes françaises : tension franco-allemande. |
1924
8 février | Lettres au Dr Mondor sur le sujet du Cœur et de l’Esprit, tirage à 50 exemplaires, H.C. |
6 mars | Dans l’Almanach des Lettres françaises, réponse d’Alain à une enquête sur Stendhal. |
11 mai | Élections législatives : victoire du Cartel des gauches (radicaux et socialistes). |
15 mai | Les Libres Propos paraissent le 19 de chaque mois jusqu’au 15 octobre. |
Juin | Démission de Millerand (le 11), élection de Doumergue à la présidence de la République (le 13), et formation du ministère Herriot (le 15). |
Juin | Propos sur le christianisme, chez Rieder. |
15 juin-10 avril | Échec des projets anticléricaux et de la politique financière du ministère Herriot. |
1er août | Dix ans après dans la Revue européenne. |
15 octobre | Fin de la 1ère série des Libres Propos. Trois Propos paraissent mensuellement dans L’Emancipation, revue coopérative de Charles Gide, depuis le 3 mai 1924 jusqu’au 2 février 1927. |
1925
2 avril | Achevé d’imprimer des Propos sur le Bonheur, Cahiers du Capricorne. |
17 avril-12 janvier | Briand, « le pélerin de la paix », ministre des Affaires Étrangères. |
6 juillet | Achevé d’imprimer des Souvenirs concernant Jules Lagneau, N.R.F. |
30 septembre | Éléments d’une doctrine radicale, N.R.F. Jeanne d’Arc (7 Propos) chez Jo Fabre. |
16 octobre | Pacte de Locarno, qui scelle le rapprochement franco-allemand. |
1926
Février | Études pour Les Idées et les Ages dans la Nouvelle Revue Française – Sur le Jean-Christophe de R. Rolland dans Europe. |
19 mars | Le citoyen contre les pouvoirs, Kra (J. Prévost). |
Juillet | Effondrement du franc et dislocation du Cartel des gauches (17-21 juillet) ; formation d’un ministère d' »Union nationale » présidé par Poincaré (le 23). |
7 juillet | Sentiments, passions et signes (60 Propos), Marcelle Lesage. |
8 septembre | Entrée de l’Allemagne à la SDN. |
1927
| Étude sur Descartes précédant le Discours de la Méthode, Les Arts et le Livre, Crès. |
20 mars | Reprise des Libres Propos, nouvelle série (jusqu’à 1936). |
15 avril | La nuit, les muses et l’amitié dans Europe. |
23 juin | Henri Mondor organise la rencontre d’Alain et de Valéry au restaurant Lapérouse. |
12 août | Marie Monique Morre-Lambelin achète au Pouldu le terrain sur lequel elle fait construire la petite maison bretonne « Le Puits fleuri » qu’Alain habitera, périodiquement, entre équinoxe de printemps et équinoxe d’automne, jusqu’à l’été de 1939. |
10 septembre | Les Idées et les Ages, N.R.F. |
18 novembre | Esquisses de l’Homme, Helleu et Sergent. La visite au musicien, N.R.F. |
1928
Mars | Opinions sourdes dans la Revue des vivants. |
22 et 29 avril | Élections législatives : victoire de la droite et des partisans de Poincaré. |
24 juin | Stabilisation du franc : Poincaré profite de la stabilité politique, économique et financière pour fixer la nouvelle parité du franc par rapport à l’or : c’est le « franc Poincaré ». |
25 juillet | Onze chapitres sur Platon, Hartmann. |
27 août | Pacte Briand-Kellog (secrétaire d’État des États-Unis) de renonciation à la guerre : signé par cinquante-huit États, il marque l’apogée de la SDN et de l' »esprit de Genève ». |
Septembre | Gabrielle veut rompre avec Alain. |
Novembre | Congrès d’Angers : les radicaux décident (le 6) de se retirer du ministère d’Union nationale. |
Noël | Cent-Un Propos d’Alain (5e série), Marcelle Lesage. Étude d’Alain précédant le Traité des Passions de Descartes, Les Arts et le Livre, Jonquières. |
1929
1er janvier | « J’étais journaliste. Je ne le suis plus. » (Dédicace à Marie-Monique Morre-Lambelin). |
Avril | Gabrielle part aux États-Unis. |
24 octobre | Krach de Wall Street et début de la crise économique « mondiale » : l’effondrement de la Bourse de New York impressionne l’opinion mais n’a aucune incidence immédiate sur l’économie française. |
30 novembre | Charmes de Valéry, commenté par Alain, N.R.F. – Auguste Comte dans la Revue positiviste internationale. |
1930
. | |
| Alain publie son Commentaire de Sémiramis de Valéry dans la Nouvelle Revue française |
| De 1929 à 1930 Alain écrit 70 poèmes à Gabrielle. |
30 juin | Fin de l’évacuation de la Rhénanie par les troupes françaises. |
1er juillet | Application de la loi sur les assurances sociales (complétée le 11 mars 1932 par une loi sur les allocations familiales). |
11 juillet | Échec du projet d’union européenne présenté par Briand à la SDN le 5 septembre 1929. |
14 septembre | Bond en avant du parti nazi aux élections au Reichstag. |
Automne | Début de la crise économique en France. |
15 décembre | Guerre et Paix dans Europe. |
1930-1931 | Début de la gratuité de l’enseignement secondaire. |
1931
10 janvier | Entretiens au bord de la mer, N.R.F. |
14 mars | Projet d’union douanière entre l’Allemagne et l’Autriche, auquel la France s’oppose. |
13 mai | Briand battu à l’élection pour la présidence de la République. |
6 juin | Vingt leçons sur les Beaux Arts, N.R.F. |
Été | Succès populaire de l’Exposition coloniale. |
31 octobre | Publication jusqu’au 11 juin 1932 dans L’école libératrice de Les sources de la mythologie enfantine. |
1932
25 janvier | Idées (Platon, Descartes, Hegel), Hartmann. |
2 février | Ouverture de la conférence du Désarmement. |
15 avril | Goethe, le poète comme penseur dans Europe. |
1er et 8 mai | Élections législatives : victoire du nouveau Cartel des gauches. |
16 juin | Fin des Réparations : l’Allemagne, incapable de les payer par suite de la crise économique, obtient leur annulation. |
Septembre | Propos sur l’éducation, Rieder. |
1er octobre | Publication jusqu’au 15 juillet 1933 de Mythologie humaine dans L’école libératrice. |
8 novembre | Ouverture du cours public : « Mythes et Fables » au Collège Sévigné (professé jusqu’au 4 avril 1933). |
Décembre | Le langage de Bach dans la Revue musicale. |
1933
30 janvier | Hitler chancelier ; arrivé légalement au pouvoir, il fait de l’Allemagne, en moins de six mois, un État totalitaire. |
Mars | Une interprète de Beethoven, dans la Revue musicale. |
23 juin | Création du Comité mondial contre la guerre et le fascisme (Comité Amsterdam-Pleyel). |
3 juillet | Dernière leçon d’Alain au lycée Henri IV. Le ministre de Monzie et le recteur de Paris ont assisté à la leçon précédente. |
1er août | Alain dès son arrivée au Pouldu commence à écrire Les Dieux qu’il achèvera le 20 septembre. |
Octobre | Retrait de l’Allemagne de la Conférence du désarmement (le 14) et de la SDN (le 19). |
Octobre | Jugement d’Alain sur le fascisme dans Avant-Poste. |
23 décembre | Propos de littérature, Hartmann. |
1934
6 février | Émeute antiparlementaire, à Paris, des Ligues d’extrême-droite, qui est perçue par la gauche comme une insurrection fasciste. |
1er mars | Réponse d’Alain à la question : « Le parlementarisme a-t-il fait faillite? », dans Revue mondiale. |
5 mars | Manifeste du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes créé par Alain, Rivet et Langevin. |
10 mars | « Les écrivains doivent-ils faire du journalisme? », réponse d’Alain dans Toute l’édition, n° 217. |
20 avril | Les Dieux, N.R.F., paraissent dans l’édition originale qu’a préparée André Malraux. |
15 juin | Message à la jeunesse, dans Europe. |
27 juillet | Pacte d’unité d’action entre la SFIO et le parti communiste. |
18 septembre | Entrée de l’URSS à la SDN : devant la menace hitlérienne, Staline se rapproche des démocraties occidentales. |
15 novembre | 20 ans après ou Mars refroidi, dans Europe. |
Novembre- | Appel du comité de Vigilance des intellectuels (Paul Rivet, Alain, Paul Langevin). |
15 décembre | « Pourra-t-on éviter une révolution? » dans Revue Mondiale. Propos de Politique, Rieder. |
1935
15 mars | En lisant Balzac, laboratoires Martinet. |
16 mars | Rétablissement du service militaire obligatoire par Hitler. |
2 mai | Pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique : ralliement du Parti Communiste Français à la politique de défense nationale. |
16 mai | Propos d’économique, N.R.F. |
15 juin | Hommage à Victor Hugo, dans Europe. Stendhal, Rieder. |
14 juillet | Manifestation du « Rassemblement populaire » organisé par la SFIO, le parti communiste, le parti radical et toutes les gauches, pour « défendre la démocratie et la grande paix humaine ». |
17 juillet | Décrets-lois déflationnistes du ministère Laval, réduisant de 10% les traitements des fonctionnaires. |
Octobre-mai 1936 | Conquête de l’Éthiopie par l’Italie fasciste. Division de l’opinion française. Échec des sanctions de la SDN. |
1936
12 janvier | Programme du Front (ou Rassemblement) populaire. |
30 janvier | La Jeune Parque, poème de Valéry commenté par Alain, N.R.F. |
15 février | Pour la vigilance aux yeux ouverts, lettre d’Alain à Paul Rivet et Paul Langevin. |
7 mars | Remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne de Hitler : l’événement est accueilli passivement par l’opinion et par le gouvernement. |
20 mars | Questionnaire à propos des récents événements internationaux posé par Alain, dans Vigilance. |
26 avril et 3 mai | Élections législatives : victoire du Front populaire. |
« Juin » | Mouvement de grèves avec occupation des usines (mai-juin). Ministère Blum (le 4 juin). Accords Matignon (le 7 juin) et lois instituant les congés payés et la semaine de quarante heures (juin). |
3 juin | Histoire de mes pensées, N.R.F. |
18 juillet | Soulèvement militaire du général Franco et début de la guerre civile d’Espagne. |
1er août | Initiative du ministère Blum proposant aux Puissances la non-intervention dans la guerre civile d’Espagne : division des partis du Front populaire. |
1er octobre | Dévaluation du franc. |
1937
Février | « La pause » : le ministère Blum renonce à entreprendre de nouvelles réformes sociales. |
Mai | Souvenirs de guerre, Hartmann. |
Octobre | Entretiens chez le sculpteur, Hartmann. |
Novembre | Les Saisons de l’Esprit, N.R.F. |
1938
Mars | Rattachement de l’Autriche à l’Allemagne (Anschluss), qui laisse la France sans réaction. |
Avril | Ministère Daladier et fin du Front populaire. |
Septembre | Le Poète et le Roi, dans Revue de Paris. |
29 septembre | Conférence de Munich : Hitler impose à la France le démembrement de la Tchécoslovaquie. |
Septembre- | Le Roi Pot, dans la Nouvelle Revue Française. |
21 Décembre | Alain au Vésinet entreprend de rédiger son Journal (qu’il tiendra jusqu’à sa mort). Propos sur la religion, Rieder. |
1939
15 février | Du romanesque d’ambition ou de l’amour chez Stendhal, dans la Revue de Paris. |
Mars | Occupation de la Tchécoslovaquie par Hitler. |
Mars | Minerve ou de la sagesse, Hartmann. Le déjeûner chez Lapérouse, dans la Nouvelle Revue Française. |
15 mars | Suite à Mars : Convulsions de la Force, N.R.F. |
18 mars | Suite à Mars : Echec à la Force, N.R.F. Le fantastique et le réel dans les Contes de Dickens, dans la Nouvelle Revue Française. Saint-Simon, id. |
23 août | Pacte de non-agression germano-soviétique. |
23 septembre | Gabrielle vient au Pouldu voir Alain à qui les rhumatismes ne permettent plus de se déplacer par lui-même. |
Septembre | Début de la deuxième guerre mondiale : invasion de la Pologne par l’Allemagne (le 1er septembre) et déclaration de guerre de l’Angleterre et de la France à l’Allemagne (le 3). |
29 décembre | Préliminaires à l’Esthétique, N.R.F. |
1940
1er mars | L’imagination dans le roman, dans Revue de Paris. |
Mai-juin | Défaite de la France. Après la demande d’armistice du maréchal Pétain devenu président du Conseil (le 16 juin), appel du général de Gaulle à la Résistance (le 18 juin), et signature de l’armistice (le 22). |
10 juillet | A Vichy, vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain par les deux Chambres : fin de la IIIe République et début du régime de Vichy. |
Juillet-août | Alain au Vésinet écrit Portraits de Famille. |
21 août | Écrit sur Jules Lagneau. |
Septembre | Écrit sur la philosophie de Jules Lagneau. |
1940-1941 | « Révolution nationale » : pouvoir personnel, dissolution des partis et des syndicats, persécution des juifs et des francs-maçons. |
1940-1947 | Sous-alimentation, pénurie généralisée, rationnement et « marché noir ». |
Octobre 1940 | Entrevue de Montoire : Pétain accepte une politique de collaboration avec Hitler. |
1941
Mars-avril | Les aventures du Coeur, dans la Nouvelle Revue Française. |
Mai | Dernière lettre de Simone Weil à Alain. |
22 juin | Invasion de l’URSS par l’Allemagne. |
2 novembre | Mort de Marie Monique Morre-Lambelin. |
Décembre | Pearl-Harbor et entrée en guerre des États-Unis. |
1942
Avril | Laval chef du gouvernement. |
8-11 novembre | Débarquement américain en Afrique du Nord et occupation par les Allemands de la zone libre. |
| Les Vigiles de l’Esprit, N.R.F. |
1943
1943-1944 | Intensification de la Résistance. |
Mai | Première réunion du Conseil national de la Résistance, présidé par Jean Moulin. |
Juin | Création du Comité français de libération nationale à Alger (CFLN), qui devient le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) en juin 1944. |
Août | Alain lit la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. |
24 août | Mort de Simone Weil. |
17 septembre | Préliminaires à la mythologie, Hartmann. Abrégé pour les aveugles, Hartmann |
1944
6 juin | Débarquement allié en Normandie. |
1er août | Mort de Jean Prévost dans le maquis du Vercors. |
25 août | Libération de Paris. |
Septembre | Ministère d' »unanimité nationale » présidé par de Gaulle. |
1944-1947 | Réformes sociales : nationalisations et fondation de la Sécurité sociale. Relèvement économique et dégradation du niveau de vie. |
1945
Février | Retour de Gabrielle Landormy qui arrive à Paris avec l’armée du Maréchal Juin, après avoir fait la campagne d’Italie comme infirmière. |
8 mai | Capitulation du IIIe Reich. |
Avril-juin | Conférence de San Francisco : fondation de l’ONU. |
5 Juillet | Les aventures du coeur, Hartmann. En lisant Dickens, N.R.F. |
26 août | Mort de Valéry. |
6 et 9 août | Hiroshima et Nagasaki. |
Octobre | Referendum et élection d’une Assemblée constituante. |
30 décembre | Alain épouse Gabrielle Landormy au Vésinet. |
1946
Janvier | Démission de de Gaulle. |
22 mars- | Écrit les Lettres à Sergio Solmi sur la philosophie de Kant, publiées chez Hartmann. |
Avril | Rabelais, cahier de la Pléiade. Humanités, édition du Méridien. Portraits de Famille (extraits), dans la Table ronde. |
Octobre | Adoption par referendum de la constitution de la IVe République. |
Décembre | Début de la guerre d’Indochine. |
1947
Début de la « guerre froide » : les États-Unis et l’URSS s’affrontent en Europe et en Asie. | |
Mars-avril | Alain écrit les Souvenirs sans égards. |
Mai | Exclusion des ministres communistes du gouvernement Ramadier. |
Juin | Plan Marshall d’aide économique à l’Europe. |
25 août | Alain écrit Souvenirs de musique. Articles dans le Mercure de France (Essai sur les pouvoirs civils et militaires, Théologien amateur, Littérature anglaise, Les difficultés de la Phénoménologie de Hegel). |
Novembre- décembre | Grandes grèves accompagnées de violences, suivies d’une scission entre la CGT et la CGT-FO. |
1948
1948-1951 | Croissance économique et amélioration du niveau de vie. |
Février | « Coup de Prague » : la Tchécoslovaquie bascule dans le camp soviétique. |
Juin-mai 1949 | Échec du blocus de Berlin-Ouest par les Soviétiques. |
10 décembre | Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Articles dans les Nouvelles Littéraires et le Mercure de France (Chateaubriand, George Sand, Structure paysanne). |
1949
Avril | Traité de l’Atlantique Nord (Pacte Atlantique). |
1er octobre | Proclamation de la République populaire de Chine. Articles sur César Franck, Balzac, Claudel, Wilhelm Meister, poème de l’humanité. |
1950
Mars | « Appel de Stockholm » du Congrès mondial de la paix contre l’armement atomique. |
25 mars | Alain répond à la question : « La France est-elle toujours cartésienne? » dans le Figaro Littéraire. |
Avril | Il publie Simone Weil, dans la Table Ronde. |
Juin | Début de la guerre de Corée. |
Octobre | Plan Pleven de Communauté européenne de défense (CED). |
1951
Avril | Création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). |
10 mai | Alain reçoit le Grand Prix National des Lettres, décerné pour la première fois. |
2 juin | Mort d’Alain dans sa maison du Vésinet. |
6 juin | Enterrement au cimetière du Père Lachaise. |
22 juin | Fondation de l’Association des Amis d’Alain, dont le premier président est André Maurois. |
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