Le site de référence sur le philosophe français Emile Chartier, dit Alain (1868-1951), par l’Association des Amis d’Alain, fondée par ses proches après sa mort.

Le site de référence sur le philosophe français Emile Chartier, dit Alain (1868-1951), par l’Association des Amis d’Alain, fondée par ses proches après sa mort.

Propos sur des philosophes

Descartes par Frans Hals
Descartes par Frans Hals

Goethe

Kant fut assurément une des plus fortes têtes que l’on ait connues. Mais Gœthe fut un penseur d’une autre qualité. Plus homme par les passions et par les folies de la jeunesse ; plus homme aussi par la fonction ; car il fut ministre, et sut faire sérieusement de petites choses, quoiqu’il restât bien au-dessus. D’où vient que le premier coupe ce

Socrate

La libre pensée est invincible ; l’exemple de Socrate le prouve assez. On n’a pu que le tuer. Que voulez-vous faire d’un homme qui annonce premièrement qu’il ne sait rien, et qu’il sait qu’il ne sait rien ? Que faire d’un homme qui se trouve autant qu’il peut où l’on enseigne, et qui interroge, et qui passe les réponses au crible, sans

Infaillible conscience

Rousseau disait que la conscience nous instruit infailliblement par la honte, et par le souvenir de la honte. Sur quoi les gens du métier, professeurs de morale ou théoriciens de justice, disent que la conscience a besoin d’être éclairée, et que, par exemple, il n’est pas facile de savoir si, en payant un certain prix ou un certain salaire, on

Lutte des classes

On me demande si je suis avec le prolétariat. Réponse : je ne suis avec personne. Autrefois on me demandait, aux Universités Populaires : « Vous n’aimez donc pas le peuple ? » Réponse : « Non, je n’aime pas le peuple ». J’ai été amené, par des passions de résistance qui ne sont pas petites, à tout revoir, dans la philosophie, la politique et l’économique, par mes

La Caverne

La Caverne de Platon, cette grande image, s’est rompue en métaphores qui ont circulé dans le monde des hommes comme des bijoux, jetant de vifs éclats. Mais l’image mère est bien autre chose ; elle forme un thème à réflexion pour des siècles encore. J’aime à penser, quand je regarde ce ciel d’hiver qui maintenant descend, que je suis enchaîné à

La République de Platon

Platon m’étonne toujours par cette puissance de lire à travers le corps humain jusqu’à nos pensées les plus secrètes. Sans doute fut-il un de ces hommes rares qui, par la vigueur du sang, eurent thorax irritable sur ventre insatiable, et, au-dessus des deux, une tête assez forte pour mener à bien la triple expérience du plaisir, de l’ambition et du

Calliclès

Il y a un dialogue de Platon qui s’appelle Gorgias, et que cha­cun peut lire. On y trouvera l’essentiel de ce qu’il y a dans Nietzsche, et la réplique du bon sens aussi, telle qu’on pour­rait la faire maintenant, si l’on voulait réchauffer ceux que Nietzsche a gelés. Ces gens-là pensaient comme nous et par­laient mieux. Donc, on y voit

Trop de vérités

Ceux qui aiment la vérité par-dessus tout, ceux que je vois prêts à souffrir et à mourir pour elle, sont aussi ceux qui vont se coller à l’erreur comme les mouches à la vitre. Descartes disait que l’amour que nous avons pour la vérité est ce qui est cause que nous nous trompons par précipitation. Et, une fois trompés, nous

Hegel

J’ai toujours vu les Français s’enfuir devant Hegel, je devrais dire devant l’ombre de Hegel. Cette panique me semble peu naturelle ; car un homme pensant doit être capable de supporter n’importe quelle pensée. D’où vient donc que nos penseurs détalent comme des lièvres, seulement devant la Logique qui n’est qu’un tout petit morceau du système ? Une remarque m’a éclairé un

Goethe et Spinoza

Il y a un abîme dans Spinoza entre cette géométrie cristalline du commencement et les effusions mystiques de la fin. Telle est l’apparence. Et je crois que beaucoup d’hommes cultivés ont tenté de vaincre cette apparence, car Spinoza est fort lu. Mais comment savoir d’où nous tombent, comme des fruits, ces maximes dorées, que plus le corps d’un homme est

Descartes et Spinoza

On a célébré Spinoza ces jours passés ; je me suis uni en pensée à ces pieux discours ; il n’y eut peut-être jamais de républicain si décidé que ce profond penseur ; et il est beau et rare de voir qu’une grande âme refuse tout pouvoir et s’en tienne à la justice. Sur le système, et sur cette transparence impénétrable, il y

Le doute montainien

Montaigne a dit cette chose admirable, c’est que ce qui est le moins connu est ce qui est le plus fermement cru. Et quelle objection voulez-vous faire à un récit qui n’a point de sens ? Vue prodigieuse sur les prodiges. Je remarque sur ce sujet-là que les prodiges sont toujours racontés ; mais aussi nous n’y croyons que mieux. L’homme ne

Montaigne

Montaigne est l’un des penseurs les plus vigoureux que l’on puisse lire. Par quoi ? Par une sincérité entière, à ce qu’il semble. C’est un homme qui pense véritablement, non pour les autres, mais pour lui-même, et qui fait l’inventaire de ses pensées, qui les pèse, qui les étire, qui les passe au feu de la critique, sans égards, sans

La méthode socratique

Pensant à Joseph de Maistre, que l’on célèbre ces temps-ci, je faisais une revue en moi-même des hommes qui ont fait serment de croire ; et au premier rang j’apercevais Socrate, tel que Platon le représente en son Gorgias, ou bien dans sa République, faisant de la tête signe que non, à chaque fois que les disputeurs l’accablent de leurs preuves

Les Entretiens d’Epictète

Les Entretiens d’Épictète et les Pensées de Marc-Aurèle sont deux livres que l’on ne voit pas souvent aux vitrines, d’abord parce que les éditeurs craignent de les garder dans leurs casiers, et ensuite parce que le public les rafle aussitôt. Mais les éditeurs sont assourdis par les auteurs ; ils ne songent pas assez à ceci que la Bible est le

Poètes

C’est une belle amitié que celle de Gœthe et de Schiller, que l’on voit dans leurs lettres. Chacun donne à l’autre le seul secours qu’une nature puisse attendre d’une autre, qui est que l’autre la confirme et lui demande seulement de rester soi. C’est peu de prendre les êtres comme ils sont, et il faut toujours en venir là ; mais

Contre le racisme

Je ne pense pas volontiers au problème des races. Ce genre de pensée a quelque chose d’injurieux. Comme de décider si un homme est intelligent ou non, vaniteux ou non, courageux ou non. Cela tente, mais il y faut résister. Non que je me refuse à voir les différences ; au contraire il me semble que je les vois, mais bien

Aristote

Faire et non pas subir, tel est le fond de l’agréable. Mais parce que les sucreries donnent un petit plaisir sans qu’on ait autre chose à faire qu’à les laisser fondre, beaucoup de gens voudraient goûter le bonheur de la même manière, et sont bien trompés. On reçoit peu de plaisir de la musique si l’on se borne à l’entendre

De l’irrésolution

Descartes dit que l’irrésolution est le plus grand des maux. Il le dit plus d’une fois, il ne l’explique jamais. Je ne connais point de plus grande lumière sur la nature de l’homme. Toutes les passions, tout leur stérile mouvement s’expliquent par là. Les jeux de hasard, si mal connus en leur puissance, qui est sur le haut de l’âme,

Fanatiques

Je n’irais pas jusqu’à dire que tout ce qui est énergiquement voulu est bon. Cela choque. On demandera si un crime n’est pas quelquefois énergiquement voulu. C’est pourquoi le mot de Socrate : « Nul n’est méchant volontairement » est presque toujours repoussé. Trop vive lumière peut-être. Platon comparait le bien au soleil, voulant dire qu’à y regarder tout droit on se fait

L’existence pure

On conte que Hegel, devant les montagnes, dit seulement : « C’est ainsi. » Je ne crois pas qu’il ait retrouvé dans la suite cette sévère idée de l’existence, qui à ce moment-là lui apparut dans sa pureté. Ce poète cherchait l’esprit partout, essayant, comme il l’a dit, de mener à bien une sorte d’immense théodicée. Ce que ce puissant

Hume et le roi de Siam

Nous ressemblons tous à ce roi de Siam dont parle Hume, qui refusa d’écouter plus longtemps un Français dès que celui-ci eut parlé de l’eau solide, sur laquelle un éléphant pourrait marcher. Ce que nous n’avons jamais vu, ce qui ne ressemble point à ce que nous avons vu, nous le jugeons impossible. Qu’on nous mette alors le nez dessus,