Propos sur l'éducation

Introduction : Derrière le philosophe Alain, se cache, à peine, le professeur Emile Chartier, qui finit par se fixer au « plus haut poste de l’enseignement secondaire », dans la « khâgne » d’Henri IV, c’est-à-dire dans l’enseignement supérieur dispensé par les lycées français. Nous avons de nombreux témoignages sur le charisme et sur le talent pédagogique de l’homme, et il n’est guère étonnant qu’une large partie de l’œuvre d’Alain soit consacré à la pédagogie, à l’éducation, son rôle social et démocratique. Cette réflexion n’est pas uniquement le reflet de préoccupations professionnelles, car Alain a largement écrit sur l’enseignement primaire, sur la relation entre enfance et éducation, sur le rôle de l’école. Au cœur de cette philosophie de l’éducation : le respect de l’être humain par la connaissance, par l’effort pour apprendre, sans distinction de classe, de genre, d’âge, ni même… d’aptitudes scolaires. (TL)
L’art d’instruire
Je n’ai pas beaucoup confiance dans ces jardins d’enfants et autres inventions au moyen desquelles on veut instruire en amusant. La méthode n’est déjà pas excellente pour les hommes. Je pourrais citer des gens qui
Exercices de volonté
Les examens sont des exercices de volonté. En cela ils sont tous beaux et bons. Ceux qui s’excusent de ce qu’ils sont timides, troublés, vidés par l’angoisse s’excusent très mal ; ces fautes de trop espérer,
Mon frère de lait
Mon frère de lait était un garçon silencieux, ingénieux, et, autant que je puis savoir affectueux. Je ne me lassais point de sa compagnie ; ensemble nous avons construit des bateaux, fabriqué de la poudre et
Ce que doit être la neutralité de l’école publique
Ceux qui dirigent ou surveillent l’enseignement donné par l’Etat ne laissent échapper aucune occasion de parler du respect qu’ils ont pour toutes les croyances, et de la neutralité stricte qu’ils entendent conserver ; et ils
Sots pédagogues
J’ai connu un sot pédagogue, qui, lorsqu’il rapportait à un élève quelque travail, après l’avoir examiné, disait gravement : « Je ne vous parlerai pas de ce qu’il y a de bon là-dedans ; vous
Obéir mais ne pas respecter
J’enseigne l’obéissance. Le lecteur rugueux va me dire que je suis payé pour cela. Il est vrai. Mais si nos Grands Messieurs m’entendaient sur l’obéissance, ils jugeraient qu’ils placent bien mal leur argent ; cette espèce
Faire plaisir
Je parlais d’un « art de vivre » qu’il faudrait enseigner. J’y mettrais cette règle : « faire plaisir. » Elle me fut proposée par un homme que j’ai connu assez vif de ton, et qui a réformé son
Je suis né simple soldat
Je suis né simple soldat. Les curés, qui m’enseignèrent ce qu’ils savaient et que je sus promptement aussi bien qu’eux, ne s’y trompèrent jamais ; et ils considéraient mes étonnantes versions à peu près comme nous faisons pour les nids d’oiseaux ou l’hydrographie du castor ; cela étonne en d’humbles bêtes.
Se prendre comme on est
Spinoza dit que l’homme n’a nullement besoin de la perfection du cheval. Cette remarque, qui peint si bien le rude penseur, signifie à tout homme qu’il n’a nullement besoin de la perfection de son voisin.
Apprendre par les actes
Deux jugements faux dans tous nos essais. Nous pensons d’abord que la chose est très facile ; et, après un premier essai, nous jugeons qu’elle est impossible. Ceux qui ont fait tourner un diabolo, jeu oublié,
Souvenirs de la maison des morts
Dans les Souvenirs de la maison des morts, Dostoïewski1 nous fait voir des forçats au naturel ; toutes les hypocrisies de luxe, si l’on peut dire, sont enlevées ; et quoiqu’il leur reste encore des hypocrisies
Les méchants
Il faut toujours céder un peu aux méchants. Pensez aux enfants méchants, et au pouvoir qu’ils prennent ; toute leur vie ils garderont les mêmes privilèges, pourvu que leur malice ne se fatigue pas, pourvu
Epreuves pour le caractère
Il y a longtemps que je suis las d’entendre dire que l’un est intelligent et l’autre non. Je suis effrayé, comme de la pire sottise, de cette légèreté à juger les esprits. Quel est l’homme,
Les fruits de la confiance
La cause principale qui fait que la paix est une œuvre difficile, c’est qu’on n’a jamais vu la bonne foi répondre à la défiance. L’homme est ainsi fait qu’il rend en même monnaie, et se
Les herbes folles
Quand un jardinier veut faire un jardin, il commence par arracher les herbes folles, les prunelliers sauvages, les ronces recourbées ; il met les oiseaux en fuite ; il défonce la terre ; il poursuit les racines, il
Les parents instruisent assez mal leurs enfants, quand ils veulent s’en mêler
Chacun sait que les parents instruisent assez mal leurs enfants, quand ils veulent s’en mêler. J’ai vu un bon père, qui était aussi un bon violoniste, tomber dans des accès de colère ridicule, et enfin
Un salut pour chacun
Spinoza dit que l’homme n’a nullement besoin de la perfection du cheval. Cette remarque, qui peint si bien le rude penseur, signifie à tout homme qu’il n’a nullement besoin de la perfection de son voisin.
Enseignement monarchique
Il y a un enseignement monarchique, j’entends un enseignement qui a pour objet de séparer ceux qui sauront et gouverneront de ceux qui ignoreront et obéiront. Je revois par l’imagination notre professeur de mathématique, qui,
Toutes nos vérités, sans exception, sont des erreurs redressées
Si l’on veut corriger passablement des épreuves d’imprimerie, il faut se délivrer du sens, des constructions, de l’enchaînement, enfin de tout ce qui intéresse, de façon à percevoir les mots pour eux-mêmes, et dans leur
L’enseignement secondaire
L’enseignement secondaire n’est pas démocratique du tout. Et en disant cela, je ne pense point aux opinions des professeurs ; elles sont tout à fait variées, et c’est tant mieux. Je pense à des traditions déjà
Le pinson
« Le Pinson ; joli sujet. » Ainsi parle l’Inspecteur, homme doux, qui a publié en sa jeunesse un recueil de poésies. Si c’était le Plectre d’Ivoire, ou la Corde d’Argent, ou la Flûte à Neuf Trous, personne
Lire
Nul ne peut penser ce qu’il dit, car sa pensée est encore autre chose qu’il dit. Écoutez le bavardage ; la pensée y est toujours en retard d’un moment. Ce que je dis recouvre ce que
L’odeur de réfectoire
Il y a une odeur de réfectoire, que l’on retrouve la même dans tous les réfectoires. Que ce soient des Chartreux qui y mangent, ou des séminaristes, ou des lycéens, ou de tendres jeunes filles,
Gouverner l’expérience
Nos lointains ancêtres n’étaient pas plus sots que nous. Ils avaient sur les bras toute l’expérience, comme nous ; ils étaient eux-mêmes dans l’expérience, comme nous ; leurs moindres mouvements changeaient l’expérience totale comme font
La famille instruit mal
Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui est d’imiter. Il n’y a qu’une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée : Cette idée est l’exemple d’elle-même, circonstance favorable à
Les cours magistraux sont temps perdu
Les cours magistraux sont temps perdu. Les notes prises ne servent jamais. J’ai remarqué qu’à la caserne on n’explique pas seulement en style clair ce que c’est qu’un fusil ; mais chacun est invité à démonter
Le doute est un passage
Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui est d’imiter. Il n’y a qu’une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée : Cette idée est l’exemple d’elle-même, circonstance favorable à
Savoir imiter
Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui est d’imiter. Il n’y a qu’une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée : Cette idée est l’exemple d’elle-même, circonstance favorable à
La morale, c’est bon pour les riches
La morale, c’est bon pour les riches ! Je le dis sans rire. Une vie pauvre est serrée par les événements ; je n’y vois ni arbitraire, ni choix, ni délibération. Certaines vertus sont imposées ;